Les premiers jours, voir les premières semaines après “l’innommable”, je me surprenais souvent à entendre mon Benjamin babiller, pleurer, m’appeller de sa chambre. C’est aussi durant ces semaines-là que j’ai le plus rêvé de lui. Depuis, plus rien… Qu’un long silence plus lourd à porter que la pire des plaintes.
Contrairement à quelques témoignages que j’ai lu, je n’ai pas vu ou entendu de manifestation de sa part et ça me désole. J’aimerais que ça m’arrive, ce serait pour moi une preuve ultime qu’il tient à nous, non?
Il y a bien des semaines que je n’ai pas parlé de lui, du moins pas en détails. J’en suis incapable, mais je sens que le mur approche, celui qu’on frappe à intervale plus ou moins régulier. Les deux premiers mois ont été les pires à date, puis son anniversaire et bientôt l’échographie de “petit escargot”, car malgré ce filet de vie qui grandit en moi, la tristesse elle ne s’en va pas, elle nous balance plutôt entre la joie et la peine… Constante dualité qui fait monter la culpabilité, la vilaine qui nous fait se sentir coupable de rire, d’oublier l’espace d’un instant.
J’ai toujours aussi peur de sombrer…

Tout ça est selon moi tout à fait normal et je dirais même que c’est sain. Le processus de deuil n’est pas le résultat d’une formule magique. C’est un aboutissement, la fin d’une route parsemée de hauts et de bas. Notre vie, c’est toutes ces routes mises bout à bout.
L’année dernière, j’ai vécu une séparation avec une amie très très chère. J’ai braillé, je me suis révolté, j’ai bu comme une éponge pendant plusieurs jours (mes vacances) tout ça pourquoi? Rien! C’était fait, mon petit train lui continuait d’avancer, la séparation étant de plus en plus loin derrière… mais je m’y accrochais. Normal, nous, humains, nous attachons à nos amis, parents et enfants. On serait sans coeur de faire autrement. Mais notre vie elle nous demande de continuer d’avancer et de laisser les événements passé là où ils sont… derrière.
Ça ne veut pas dire de ne plus y penser et d’oublier froidement. On ne peut pas faire ça. Mais il nous faut lâcher prise pour bien avancer, se tourner vers l’avant.
Ce que j’aime faire quand par exemple le souvenir de mon grand-père se fait trop fort, je pense à de beaux moments. Je me laisse bercer, je laisse les larmes couler s’il le faut mais je reste solidement assis. Je lui dis “merci… je reviendrai te voir plus tard…” et la douleur passe.
Il ne faut jamais oublier, aucun danger, ils seront toujours à une pensée de distance. Mais il faut garder le cap vers l’avant. Nos proches disparus vont toujours nous attendre patiemment.
Je pense que ce que vous vivez est extrêmement difficile et je crois qu’il est normal de ressentir tous les sentiments qui vous habitent. Car vous vivez autant un événement heureux mélangé avec un événement triste.
J’ai la chance d’avoir mon petit Ange à mes côtés et votre histoire m’a fait réaliser l’importance de vivre au maximum chaque jour qui passe avec nos petits êtres chers. J’essaie à tous les jours d’appliquer une “dogme” de vivre le moment présent et de voir le positif, et j’y arrive de plus en plus.
Je vous souhaite la même chose tout en continuant votre deuil et en vous préparant à l’arrivée prochaine du petit escargot !
Câlins xox
Tu dis : “Contrairement à quelques témoignages que j’ai lu, je n’ai pas vu ou entendu de manifestation de sa part et ça me désole.”
Et si sa “manifestation” c’était de te donner la chance d’avoir Petit Escargot avec toi ? Et si son message c’était : “Ne m’oublie pas, mais soit heureuse car c’est ce que je souhaite.” ?
La situation doit effectivement être difficile. Un événement si heureux qui arrive après un événement si douloureux. Être joyeuse, être triste, faire les montagnes russes des émotions.
Un deuil n’est pas une ligne droite, et je ne crois pas non plus que ce soit un aboutissement… ce sont des boucles qui “bouclent” encore et encore. On traverse les phases, pour encore les traverser, et encore. C’est ce que je crois.
Je trouve que votre “petit escargot” vous donne l’opportunité de revivre en quelque sorte. De voir un peu de lumière. De respirer, enfin. Mais aussi, de ne pas oublier, parce que là n’est pas le but. Loin de là. Au contraire, il pourra vous aider à vous rappeler. À vous rappeler à quel point ce peut être beau.
Courage.
Mme Cornue, j’ai vécu la même chose, je me souviens d’avoir pleuré en disant à mon mari que je le perdais, j’oubliais son odeur, je ne le sentais plus, il disparaissait pour toujours de mon coeur…
Puis, tranquillement, c’est revenu, les signes…
Et faut pas s’en faire avec la culpabilité je crois que c’est normal, on passe par là, comment peut-on reprendre goût à la vie après ça… Mais oui, il le faut, la vie continue, confiance, ça ira…
Mais faut s’attendre à de drôles de périodes émotives durant cette grossesse, c’est normale, faut vivre tous ces sentiments, ces émotions, ne pas culpabiliser…
Le bébé est là, bien niché et ressent ce que l’on ressent et vous êtes heureuse, alors soyez heureuse.
Je sais que c’est plus facile à dire qu’à vivre, j’ai eu deux grossesse après Vincent…
Mais puisez votre bonheur alentour de vous, il est là !!!!!!! Très concrètement ! Très vrai, vous y avez droit….