C’était mon meilleur ami, celui qu’on aime plus que n’importe qui d’autre après notre mère, celui qui vous fait tourbillonner dans les airs lorsqu’il entre dans la maison. Je l’aimais, il est disparu.

Je n’ai que des brides de souvenir, juste assez pour me remémorer combien je l’aimais, à quel point j’ai été déçue aussi…

Sa présence était une douceur pour moi, la plus belle joie qui soit. Mes petits yeux couleurs gazons scintillaient de bonheur lorsque j’entendais ses pas sur le balcon. Il était enfin de retour après sa journée, lui, mon ami, mon confident, mon frère.

Je m’en souviens comme si c’était hier, ses cheveux bruns bouclés, son regard sombre et son extrême mélancolie, celle d’avoir été abandonné. Il était un de ceux-là, enfant de la richesse et dont on se débarassa parce que le plaisir n’y était plus, ce jouet humain n’était plus à leur hauteur.

Quand il me regardait, il devait sans doute se revoir, mais était incapable de se sentir membre à part entière, ma mère n’était pas la sienne, ne le serait jamais. Une seconde rupture survenue un soir de février, il ne s’en remit jamais, tant et si bien qu’il disparu à son tour me brisant le coeur par le fait même.

Il revint à quelques reprises, je l’attendais avec impatience, chaque fois, en vain…  La toute dernière fois que je versai une larme pour lui, j’avais environ 8 ans. Je me jurai ensuite de ne plus jamais avoir mal pour un garçon, dure dure pour un petit coeur de fillette de devoir faire le deuil de son grand ami. Trop difficile, justement, de regarder dans la glace, le reflet d’un regard vide et rempli de tristesse tout à la fois.

J’avais 8 ans et mon frère est parti me laissant seule avec mon deuil, celui d’avoir perdu un ami, le meilleur que j’ai jamais eu.

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