Elle découvrit la lecture et l’écriture presqu’au même moment. Elle lisait les petits livres scolaires obligatoires, en redemandait à son professeur compréhensif qui l’envoyait à la bibliothèque avec le sourire du devoir bien accomplit, mais vînt un temps où ce n’était plus suffisant.

Il y a bien eu Madame Censure qui tenta d’exercer son pouvoir et sa main mise sur les lectures de gamine-gourmande, mais celle-ci lui tint tête et lu tout de même les dits bouquins indexés. Oh, ne vous méprenez pas, ces livres lui avaient été retirés sous peine qu’ils étaient trop minces et trop petits. Pourtant, ils contenaient des tonnes d’information pertinentes sur un tas de sujet, c’est à se demander si la bonne femme Censure aimait vraiment les enfants et avait réellement plaisir à leur enseigner.

Gamine-gourmande poursuivit son périple au secondaire, elle tâtait la plume de temps à autre, mais sans plus. Ce n’est qu’à sa deuxième année post-primaire qu’elle découvrit les rudiments du crayon, mais surtout sa facilité à créer.

Bien des années plus tard, elle dépoussièra cet ancien manuscrit de 200 pages et sourit devant tant de naïveté, d’imagination et de « fôtes », mais le tronc se tenait tout de même bien droit, impressionnant pour une oeuvre adolescente. En cinq années de secondaire, gamine-gourmande pondit 2 romans dont un ressemblait beaucoup plus à un scénario de film qu’à un bouquin, mais ça n’avait pas d’importance, elle écrivait.

Au collège, elle s’inscrivit évidemment en Lettres pensant apprécier la littérature et son analyse rigoureuse… erreur! Elle détesta et cessa également d’écrire. En fait, elle produisait seulement l’été, pendant les vacances, au moment où l’urgence la pressait, car les cours reprendenait sous peu, bref lorsque la pression était à son maximum.
Il lui fallait bien se rendre à l’évidence, elle n’écrirait pas son best seller de cette façon, car évidemment elle ne visait pas n’importe quel niveau, mais bien le sommet. À force de s’entêter, elle termina son diplôme d’études collégiales et s’inscrivit à l’université en Littérature. Mais pourquoi dont que vous vous dites? Pour la simple et bonne raison qu’il était impensable pour elle de ne pas aimer lire. Il était inconcevable qu’elle ne puisse pas venir à bout de cette littérature française, allemande, russe, etc. Pourtant, elle détestait l’analyser, elle y perdit même toute envie de lire, mais la « comprenure » venait à point à qui sait attendre.

Au bout de deux sessions à s’emmerder, gamine-gourmande maintenant devenue adulte-combattante, admit enfin que lire l’emmerdait plus que n’importe quoi d’autre. L’effort déployé pour admettre l’inadmissible était surhumain, comment était-ce possible? Elle qui dévorait jadis tout ce qui lui tombait sous la main, elle qui passait des semaines entières à grignoter du bout des lèvres parce qu’un bouquin l’a captivait, elle qui passa un été entier à la bibliothèque municipale en quête de l’oeuvre parfaite…

Depuis ce temps, adulte-combattante se risque de temps en temps à ouvrir un classique, un arlequin, un polar, mais rien n’y fait, la passion n’y est plus et ne semble pas sur le point de renaître. Parfois, elle s’ennuie de ce temps où la lecture était toute sa vie, lorsque la bulle littéraire n’éclatait qu’à la fermeture du livre…

Les livres ne la feront donc plus vibrer comme jadis? Elle adore, cependant, toujours autant renifler les pages, caresser les couvertures et reluquer les jaquettes, ce qui fait que parfois, elle sort quelques dollars de ses poches et repart avec un futur copain. Elle se permet ainsi d’espérer qu’un jour, l’envie et le besoin de lire lui reviendra, qu’elle retrouvera enfin son vieux compagnon d’antan.

P.s. : pour ceux et celles qui ont relevé le clin d’oeil, sachez que vous avez raison, Proust hante mes pensées.

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