C’est difficile de vivre après le décès de notre bébé, ce n’est pas tant de continuer à fonctionner avec nos proches que de se sentir anormal de ressentir la vie ainsi. Il y a beaucoup d’étapes à un deuil, chacun les vivra à sa manière de façon plus ou moins longue, mais finira, on l’espère, par arriver au bout changé, transformé, etc.

Lorsqu’il s’agit de notre enfant, tout est différent. Je ne le cache à personne, je ne pleure pas ou à peine quelques larmes. Je me fais féliciter pour ma droiture et ma force de caractère alors qu’en fait, je reste debout méchaniquement, parce que c’est la seule chose qui se fait sans que j’aie à y penser, comme s’essuyer après avoir uriné ou se brosser les dents avant le dodo.

Mon coeur a tout simplement éclaté le 4 février à 13h47. L’urgence au complet a entendu mon long cri de douleur. Je l’ai moi aussi entendu résonner sur les murs comme si ça ne sortait pas de ma gorge, mais de quelqu’un d’autre. J’étais hors de mon corps.

Le vide que l’on ressent en soi est inimaginable pour quelqu’un qui n’est jamais passé par là. Si mon coeur n’était pas un musque commandé méchaniquement, ça fait longtemps qu’il aurait cessé de battre. Je souris sans ressentir de plaisir, je réponds aux gens parce que ma tête me commande de le faire, mais mon esprit n’y est pas. Je suis constamment dans la lune à jouer avec mon fils dans les nuages. Je m’endors en pensant à lui, je me réveille avec son image dans ma tête. Je rêve sûrement de lui sans m’en souvenir.

Le matin, c’est le moment le plus difficile de la journée. J’ai beaucoup de difficulté à me lever, non pas parce que j’ai encore sommeil, mais je préfèrerais passer ma journée à penser à mon bébé. Nécessairement, je devrai à un moment où un autre, penser à autre chose. Et ça, ça me tue…

Ma vie ne sera plus jamais la même, notre vie ne sera plus jamais la même… J’étais si fière de ma grande famille, dans les moments difficiles je m’accrochais à ma plus grande fierté : mes enfants ! Je me disais qu’au moins, je les avais tous les quatre et c’était suffisant à mon bonheur. Il me reste encore mes trois beaux grands Cornus, la prunelle de mes yeux, et malgré que je sois encore si fière d’eux, il me manque ce bout de soleil qui illuminait mes journées.

Ce soir, en revenant d’une commission (ben oui la vie continue ça l’air!) sa chanson est passée à la radio. J’ai fredonné l’air et sans m’en rendre compte, les larmes coulaient sur mes joues, aussi douce qu’une de ses caresses. Malheureusement je suis nulle pour ajouter un mp3 ici, je vous mets au moins les paroles :

Tant qu’on aura de l’amour

Cowboys Fringants

Depuis qu'on a lâché prise
On voit de la couleur dans les zons grises
Il y a du bon dans la froidure de novembre
Elle nous permet de nous coller plus ensemble
Sous une couette
Tout nus pas d'bobettes!

Tant qu'on aura de l'amour
De l'eau fraîche et de l'air pur
Un toit et puis quatre murs
Ce sera la joie dans not' cour

On apprécie les p'tites choses
Trop d'attentes vaines rendent la vie morose
Astheure si on a l'vent dans' face en partant
Ben on s'dit qu'on l'aura dans l'dos en rev'nant
Ou vice et versa
On s'bardre pu avec ça!

Tant qu'on aura de l'amour
De l'eau fraîche et de l'air pur
Un toit et puis quatre murs
Ce sera la joie dans not' cour

On se plaint pas quand y mouille
C'est ça qui fait pousser
nos plants de citrouilles
L'été on est heureux quand il fait très chaud
Car le soleil réchauffe nos coeurs d'artichauts
Comme je t'aime
Veux-tu que l'on sème!?

Tant qu'on aura de l'amour
De l'eau fraîche et de l'air pur
Un toit et puis quatre murs
Ce sera la joie dans not' cour

Tant qu'on aura de l'amour
De l'eau fraîche et de l'air pur
Un toit et puis quatre murs
Ce sera la joie dans not' cour