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Une grossesse surprise amène avec elle son lot d’émotions pas toujours amusantes à vivre. Cependant, une fois passé, on s’efforce de reprendre le temps perdu et on se flatte la bédaine à profusion. C’était comme ça avec Benjamin. J’avais si peur qu’il se rappelle que nous avions hésités à le garder les premiers jours de sa petite vie, que je déployais encore plus d’énergie à penser à lui et à le caresser de peur qu’on me l’enlève.

J’ai toujours senti qu’il ne m’était que prêté, j’ai toujours enfoui mes plus sombres pensées dans le fond de mon cerveau de peur de les provoquer si j’y pensais trop… Alors, dès sa naissance, j’ai voulu passer le plus de temps possible avec lui, je m’étais préparé à avoir un bébé aussi velcro que sa soeur, j’avais déniché écharpe et porte-bébé pour le porter le plus possible et le maintenir scotché à moi. Évidemment que j’ai eu tout le contraire comme bébé. On a bien dormi les premières semaines ensemble, mais à 7 semaine, déjà, il faisait ses nuits. Il n’avait pas besoin de moi pour le rassurer, il s’endormait seul sans heurt. J’avoue que j’étais un peu déçue aussi du fait qu’il n’avait aucune préférence, tant que quelqu’un le prenait, le changeait et le nourrissait, lui il était heureux.

Il était déjà si autonome, si indépendant. Il aimait pourtant se faire bécotter, mais dès qu’il eut goûté à la liberté de la soucoupe et du quatre pattes, mon petit monsieur ne nous réclamait plus vraiment. Il y avait bien son petit moment à lui, le soir, alors que tout le monde est couché, mais autrement, il se fondait dans la masse comme on dit.

J’ignore si mes pressentiments demeuraient à la surface sans que je m’en rend compte, mais je respirais sa peau, je caressais son petit dos, je jouais dans ses cheveux le plus que je pouvais. Je voulais m’imprégner de lui autant que je le pouvais… Je me rappelle un soir m’être dit qu’au moins, tout celà me resterait si jamais il lui arrivait quelque chose. Ainsi, je pourrais me réconforter en pensant à la douceur de sa petite peau neuve de bébé dodu, je sourirais à revoir son popotin en forme de grosse lune, je m’attendrirais à me rappeller que j’adorais renifler son petit trou « à sent bon » comme j’aimais le surnommer, juste au-dessus de l’oreille droite là où ses cheveux soyeux commençaient à descendre de plus en plus.

Je me trouvais étrange d’avoir si peur, de me balader avec cette angoisse constante. J’avais bien raison finalement! Dans les derniers jours, on dirait qu’il préparait sa sortie. Il nous a fait cadeau d’une soirée si tendre le lundi soir. Il jouait et souriait, il nous caressait doucement alors que dans son petit corps, les soldats tombaient un à un sous la menace bactérienne…

La fin de semaine précédente, il me suppliait de l’aider, il m’appellait souvent  » Mamamamammamamama ». Ce son est si présent dans ma mémoire, c’est étrangement, un des plus beaux souvenirs que j’ai de mon bébé, il me reconnaissait comme sa maman et s’accrochait fort à moi, comme pour me dire, je ne veux plus partir maman. Je sais que c’était ma mission, mais je t’aime trop maintenant, je ne veux plus, aide-moi maman, aide-moi…