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Fort de notre bien petite expérience post-traumatique (disons ça comme ça), une chose ressort plus que les autres et semble vraiment insurmontable. J’ignore si j’arriverai un jour à passer par-dessus, si mon corps et mon coeur s’y habituera, je me le souhaite parce que c’est un manque tellement grand et tellement irremplaçable. Je parle évidemment du manque physique.

C’est sur que le manque psychologique est aussi fort, j’y pense chaque fois que je m’arrête, ce qui se résume à tout le temps! J’ouvre les yeux, il est là. Je déjeune, il est là. Je prends ma douche, il est là. Je m’asseois à l’ordinateur, il est là. Je plie et range des vêtements, il est là. Il est partout et nulle part à la fois. Cependant, ce manque là est plus facile à combler dans le sens que je peux toujours m’engourdir l’esprit en n’arrêtant pas. Bon à long terme ce n’est pas optimal parce que j’ai remarqué que de toute façon tout fini toujours pas nous rattraper, mais ça fait un temps et j’ai apprécié ce petit répit du coeur et de la tête.

Le manque physique, lui, est plus difficile à vivre, pour moi du moins. Je doute qu’avec un enfant plus vieux ça soit différent, parce que je me disais qu’au moins j’aurais eu plus de temps et plus de souvenirs à chérir, mais non, justement, ça ne peut jamais être plus ou moins pire, la douleur est trop surréelle pour qu’on puisse la décrire vraiment et la sentir vraiment.

Je m’assoie dans SA chaise berçante, parce que c’est grâce à sa naissance que j’ai pu acheter une belle chaise en bois pour bercer les enfants, mais surtout lui. J’adore bercer mes bébés et malheureusement pour moi, il n’aimait pas tellement ça, mais bon ça demeure SA chaise… Je disais donc que je m’assoie dans la chaise berçante et tout de suite j’ai l’impression de l’avoir dans les bras. Je sens son petit corps dodu contre moi. Je sens sa tête sur mon épaule ou ses mains me repoussant pour fouiner partout ou encore tout son poids sur le côté parce qu’il peut ainsi atteindre des endroits interdits…

Je le sens toujours, comme s’il était toujours là, comme si rien n’était arrivé et pourtant. Je me rappelle encore la forme de son corps, sa position favorite, la douceur de ses cheveux, rien n’est altéré, mais du coup ça me fait encore plus mal, il me manque d’autant plus à cause de tous ses souvenirs marqués à jamais dans mon coeur et mon corps.

Quand Benjamin est arrivé dans nos vies, il m’ait apparu très clairement et très vivement que la présence d’un bébé me manquait énormément. Dans le tourbillon de la vie, j’avais oublié… Oublié ce que c’était d’avoir un bébé, oublié ce que c’était d’avoir un petit être tout fragile qui découvre son environnement pour la première fois. Oh! Il y a bien les premières découvertes des enfants plus vieux, qui sont tout aussi merveilleuses à observer, mais un bébé, pour moi c’est tellement plus que ça. De plus loin que je me souvienne j’ai toujours adoré les bébés. J’étais toujours prête à prendre ceux de mes cousins-cousines, je craquais chaque fois.

Alors, le départ de mon bébé est d’autant plus difficile à vivre pour moi sachant que non seulement je n’ai pu vivre à fond toutes les premières fois que j’attendais avec tant d’impatience, mais aussi parce que LUI n’y est plus. C’est lui qui me manque et pas un autre bébé. Je dois donc combler deux manques bien différent, mais trop relié l’un à l’autre… J’ignore si j’arriverai à les départager un jour, parce que je ne voudrais pas avoir un autre bébé et m’attendre à ce que il ou elle fasse comme son frère, que il ou elle comble ce manque de LUI.

Il n’y a malheureusement pas de mode d’emploi pour ce genre de chose. C’est un drôle de parallèle je trouve, un bébé arrive nu, sans guide autre que ses instincts primaires, il grandit comme il peut avec l’amour, la tendresse, les barrières que lui mettent ses parents, mais c’est tout. On ne peut vraiment pas se fier aux livres ou du moins pas en totalité parce que chaque être est unique (vous l’avez sans doute remarqué vous-mêmes d’ailleurs). Hé bien c’est pareil pour le deuil. Il n’y pas de mode d’emploi, il n’y a que les grandes lignes de ce qui sont supposé être les étapes à franchir avant d’arriver au bout du tunnel. Entre l’entrée et la sortie, dieu seul sait ce qui s’y trouve, c’est unique à chacun.

Cependant, la littérature traitant du deuil aide à se sentir « normal » dans nos réactions, dans nos envies. J’étais tellement contente de savoir que mon état de « congélation » était tout ce qu’il y a de plus normal. J’espérais seulement qu’il ne soit pas trop long. J’ai d’ailleurs lu « Je m’appelle Marie » de Christian Tétrault, ce livre m’a beaucoup rassuré en me démontrant que peu importe le parcours choisi, il était le mien et que je n’avais pas à en avoir honte ou peur. Je devais, que dis-je, je dois vivre MA vie comme je l’entends sans me soucier de ce que les autres peuvent bien en penser. J’ai le droit d’être triste, de m’effondrer même, mais j’ai aussi le droit de vouloir continuer, de vouloir avancer dans MA vie. Du coup, j’étais soulagée… soulagée parce que je me sentais coupable de plein de choses. Je me sentais coupable de faire des projets, de désirer certaines choses, mais surtout de désirer avoir un autre enfant.

Tout ce que je souhaite maintenant c’est prendre des décisions avec mon coeur et non par peur de décevoir ou par peur du « et si… ».