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L’attente, puis l’arrivée de Thomas a permis de calfeutrer certaines fissures à mon solage intérieur, mais il reste tout de même des journées moins agréables que d’autres. Tout démarre la nuit lorsque je me lève pour le boire, mon cerveau se met en mode « nostalgie-souvenir-tournage-de-fer-dans-la-plaie » et là, plus moyen de m’en sortir avant quelques heures, voir quelques jours.

Je le revois à divers moments, j’essaie d’imaginer de quoi il aurait l’air, ce qu’il ferait rendu à cet âge… Inévitablement le manque s’installe, puis la panique : et si nous en perdions un autre, et si nous n’ étions pas fait pour en avoir 4 vivants, et si… , et si… Les pires jours, je repense à tout ce que j’aurais du faire et ne pas faire. Je le revois dans ses dernières heures, c’est comme si le sol s’ouvrait sous mes pieds et que je tombais sans savoir quand je vais toucher le fond.

Je sais que nous ne nous remettons jamais d’un évènement comme celui-là, mais je n’en avais jamais pris conscience je crois. Je ne pouvais pas savoir avant de le vivre ce que c’était que d’angoisser jusqu’au bout des orteils. C’est pire que le stress d’une nouvelle maman qui a peur de tout pour son premier enfant, la peur écrasante prend des proportions immenses maintenant, ça m’étouffe, m’empêche de vivre et m’aveugle d’un coup.

Puis, soudain, la lumière revient. Nous reprenons notre vie, non pas où nous l’avons laissé parce que ce genre de brèche temporelle ne se rattrape jamais, mais là où le chemin s’est arrêté pour nous attendre. C’est difficile, quoi que les gens puissent en penser en nous regardant. Derrière la muraille droite et fortifiée se cache une souris minuscule et fragile, nous pourrions presque croire qu’elle est fait de papier. Oui, une petite page blanche qui laisse transparaître des centaines de déchirures recollées avec du scotch et en son centre la plus grosse fissure qui part du haut de la feuille et descend jusqu’en bas, recollée elle aussi, mais maladroitement sans solidité. Impossible de recoller ce genre de fissure, à la moindre épreuve le gommant du scotch perd de son pouvoir adhésif et menace de séparer à nouveau la feuille en deux.

Il faut beaucoup de soutien, de compréhension et d’amour pour recoller un coeur meurtri surtout en sachant que plus rien ne sera comme avant. Comme avant le déluge, la tempête, l’innommable…