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Notre plus grande crainte lorsqu’on vient de perdre quelqu’un de proche, quelqu’un à qui on tenait presque plus qu’à nous-mêmes, c’est d’oublier. Oublier tout les détails de son visage, son rire, sa voix… Et malheureusement ça arrive, à notre grand désarroi. Au fil des jours, des semaines, des mois notre mémoire égare des souvenirs précieux. On se rend alors compte que l’on est irrémédiablement humain et que contrairement aux machines on ne peut emmagasiner indéfiniment toutes les informations contenues dans nos mémoires.

Il est très étrange par la suite de constater ce qui a été conservé intact. La mémoire est très sélective et comme bien des gens j’ignore les paramètres qui font office de critères de sélection. Toujours est-il que je fais régulièrement l’inventaire de tout les petits détails que ma boîte à souvenirs a bien voulu entreposer.

Je constate que mes mémoires tactiles et olfactives sont très développées. J’arrive facilement à me rappeler une personne, un endroit, un aliment juste par  l’odorat. Une suite incroyable de lieux et d’images suivent immédiatement après dans mon esprit afin de confirmer que « oui » j’ai bel et bien raison d’associer ce parfum à cette personne.

Tout comme je chéris tendrement le souvenir tactil de Benjamin assoupit contre mon épaule alors que nous attendions à l’urgence. Je n’ai qu’à fermer les yeux et sans peine je ressens le poids de son petit corps brûlant qui repose tout contre moi. La douceur de ses cheveux tout raide et tout fou, la rondeur de ses foufounes rebondies… Il est là si près et à la fois si loin.

J’ai longtemps cru que Thomas remplacerait malgré lui, par sa présence, les souvenirs que j’avais de Benjamin, mais je me rends bien compte et avec soulagement d’ailleurs que ce n’est pas le cas. Je ne confonds pas les souvenirs que j’ai de chacun d’eux, car ça aurait pu arriver vu leur naissance si proche et l’arrêt brutale de l’évolution d’un des deux. Mon coeur et ma tête agissent comme ils ont toujours fait lors de la venue d’un nouveau membre dans la famille, ils ne remplacent pas un enfant par un autre, mais multiplient la capacité à aimer. Benjamin est avec nous, il fait partie de notre famille au même titre que les autres enfants, il est juste ailleurs, mais bien présent dans nos coeurs. Jamais personne ne le remplacera et mon coeur de maman ne veut surtout pas oublier l’effet que ça faisait de l’avoir contre soi et le bonheur qu’il nous a donné par son bref passage sur la Terre.