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Il y a 25 mois, déjà, un petit garçon, mon petit garçon quittait la Terre pour enfiler ses ailes et aller jouer sur les nuages. La vie n’a plus jamais été la même depuis. Ce fût notre tremblement de Terre, le plus terrible, de ceux qui nous ébranlent jusqu’à la moelle.

Je n’aurais cru pouvoir dire un jour qu’on s’en est sorti, blessé, meurtri, changé à tout jamais, mais vivant, bien vivant!

N’allez pas croire qu’on oublie! Il nous manque à des moments charnières. Il nous manque lorsque un petit détail nous le rappelant croise notre chemin. Il nous manque devant une grande famille de cinq enfants. Il nous manque devant un enfant de 3 ans qui pourrait être le nôtre.

Oh! Je sais bien qu’il y aura des rechutes, mais lorsque je regarde derrière je peux voir tout le chemin que j’ai parcouru depuis ce fameux 4 février 2009. La vie reprend ses droits rapidement, sans crier gare, mais elle nous transporte également si on la laisse faire. La dérive est pour moi une façon de me reposer pour mieux recommencer à ramer par la suite. J’ai besoin de ce moment de répit, j’ai besoin de ne plus réfléchir et me laisser porter par la vague. Quand ma barque s’immobilise je profite du calme, j’attends la prochaine vague ou je rame pour me rendre à la rive la plus près.

Tout les 4 du mois j’ai une petite pensée pour mon fils. Je ne compte pas systématiquement le nombre de mois qui nous sépare de lui, mais j’ai conscience que ces jours-là ne sont pas comme d’habitude. Je ne rêve pas de lui, je ne sens pas sa présence dans la maison, il n’y a pas de jouets qui fonctionnent tout seul, mais je sais que l’atmosphère dans mon coeur et ma tête est différente des autres jours.

Je suis convaincue que je serai le genre de petite vieille à trainer une photo de lui lors de mes séjours à l’hôpital. Je sais que je parlerai de lui dans les dernières années de ma vie sachant que je vais bientôt le rejoindre et espérant qu’il ne m’a pas oublié. Je souhaite qu’il m’aura pardonné ce que je ne me pardonne pas à moi-même soit ce que je n’ai pas su voir et qui aurait certainement changé nos vies.

Même si les bons jours sont définitivement plus nombreux que les mauvais, il me reste en travers de la gorge ce goût amer de la culpabilité. Mes yeux de maman n’ont pas su voir que ça n’allait pas. Ma tête n’a pas su s’entêter à reconsulter pendant qu’il était encore temps. Mes bras, mes mains et ma bouche n’ont pas su insufler suffisamment d’air dans ses petits poumons pour lui redonner le goût de la vie. Et ça, c’est mon boulet à moi, celui que je trainerai toute ma vie, celui que je ne pourrai jamais détacher de ma cheville ni de mon coeur parce qu’il y est bien soudé. Aucun outils, aucune paroles ne peuvent venir à bout de ça!

Je n’ai plus honte de dire que j’ai retrouvé un semblant de bonheur malgré tout. J’assume le fait que j’ai ouvert mes bras à la vie qui continue. Je me suis choisi une place dans son train, parce que c’est dans ma nature d’embarquer lorsqu’il passe. On me dit souvent qu’il aurait voulu qu’on soit heureux, mais qu’en sait-on réellement? Ce dit-on ça par acquis de conscience?

Moi, j’ai décidé que je ne voulais pas me déculpabiliser de sourire en pensant à lui de cette façon. Il m’aura cependant apprit que la vie vaut la peine qu’on la vive. Il aura semé dans mon coeur et dans mes veines ce flot de vitalité qui me donne envie d’en profiter pour lui. Son souvenir me pousse à m’accomplir, à réaliser, à sculpter ma vie sans regrets. Dans le fond, tout ce que je veux c’est qu’il soit fier de sa maman, qu’il voit que sa mort n’aura pas été veine, que son passage si bref a tout de même laisser une profonde entaille dans nos coeurs nous poussant à vivre plus que jamais.

Mon nom est Nadia, survivante du plus grand tremblement de Terre qu’un parent puisse vivre et heureuse d’y avoir survécu malgré tout.

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