Il y a déjà deux mois que je sais que je devrai faire un témoignage sur notre histoire, sur l’histoire de Benjamin. Le jour « J » c’est demain, en après-midi. Une boule se forme peu à peu dans ma gorge et ma poitrine, le stress j’imagine ou les émotions qui remontent à la surface… je l’ignore et ça m’importe peu puisque c’est là et que je dois vivre avec.

J’ai 17 pages de texte à lire, c’est beaucoup, mais si peu à la fois. Il me semble que j’en aurais tellement plus que ça à dire sur lui. Je n’y arrive pas, les mots ne sont plus assez puissants pour exprimer le réel fond de ma pensée. Ils ne sont pas assez précis pour expliquer mes émotions, celles pures et intenses qui m’assaillent sans prévenir. Des fois je me dis que je les retiens peut-être de crainte de ne plus avoir de lien direct avec lui? Comme si en les libérant sur les clavier, je couperais à jamais le petit fil qui le rattache à ma mémoire.

Mais c’est impossible, je ne pourrai jamais l’oublier, n’est-ce pas? Ça se peut ça oublier son enfant? Non, dites-moi que ce n’est pas possible et pourtant j’ai tellement cette impression chaque fois qu’un détail semble s’effacer de mes souvenirs. Mon dieu que je déteste être humaine dans ces moments-là, si au moins j’avais un disque dur me permettant de tout emmagasiné, au cas, je pourrais y avoir accès tant que je veux. Je serais certaine de ne rien oublier, jamais, en même temps c’est là toute la beauté du cerveau, se rendre compte tout à coup que nos souvenirs ne sont que bien enfouis dans un sombre recoin.

Demain, bref, je lui rendrai hommage :)