Cette vague je ne l’ai pas vu venir. Elle m’a prit par surprise et m’a forcée à m’agenouiller pour ne pas perdre pied. Je ne m’habituerai jamais. Elle est vicieuse et hypocrite. Elle attend qu’on lui tourne le dos pour foncer droit sur nous. Je la déteste, parce qu’elle me ramène en arrière. Je l’adore parce qu’elle me ramène des images de lui.

Ces foutues images que je suis seule à avoir en mémoire. Des souvenirs que je suis seule à porter, ses dernières minutes…

Je me rappelle de tout au détail près. Je me rappelle le vide immense qui m’a envahi lorsque j’ai su. Je me rappelle l’avoir attendu pendant des mois, en vain. Et cette colère… Envahissante, écrasante, intolérable.

J’ai pourtant visionné des tas de films touchants, pourquoi celui-ci, ce soir, m’a-t-il mis dans tous mes états? Pourquoi? La culpabilité.

Cette putain de culpabilité de n’avoir su le sauver. Le sentiment d’avoir failli à mon rôle de mère et de ne pouvoir me rattraper d’aucune façon. Aucune larme ne viendra à bout de toute cette peine. Aucun sanglot n’asséchera mes joues. Nul pansement n’arrivera à refermer la plaie trop large.

Je ne peux pas dire qu’il me manque, j’ignore ce que c’est que d’avoir 5 enfants vivants dans la maison. J’ai pourtant encore son empreinte corporel sur mon épaule, ma joue, ma bouche, mes doigts, mon coeur…  Et la rage qui me remonte dans la gorge comme un reflux acide!

Rien ni personne ne pourra jamais me le ramener, rien n’y personne ne pourra soulager ma culpabilité, celle que toute mère porte en elle dès le test positif, celle qui vient avec l’instinct maternelle et qui nous fait dire : et si… ?

Ce soir, j’ai l’impression de l’avoir trahi…