Je me souviens qu’une des premières choses qui m’angoissait après le décès de mon Lalou venait surtout du regard que les autres posaient sur nous. Je croyais à tort que je ressentais une certaine gêne lorsque je leur annonçais la nouvelle, mais rapidement je me rendis compte que ces personnes vivaient un malaise beaucoup plus intense que le nôtre.

Plus je m’éloignais de notre noyau central et plus la lueur de pitié et de compassion brillait ardemment dans les pupilles attristées. J’appréhendais cette lueur, j’évitais ce moment le plus que je pouvais parce que je n’avais pas envie de cette pitié. Je n’avais pas envie de partager mon deuil avec n’importe qui. J’étais terrorisée à l’idée de devoir leur dire, de devoir répondre aux questions qui suivraient assurément, de devoir les réconforter sur le fait que nous survivions malgré tout. Puis cette angoisse disparue comme elle était venue, surtout parce que je ne croisais plus grand monde de nouveau ayant un cercle de connaissances assez restreint la nouvelle voyagea assez rapidement.

Lorsque je suis retournée au travail, je redoutais un brin les discussions entre collègues parce que je ne me voyais pas leur cacher ce moment de ma vie. Je ne concevais pas comment j’aborderais le sujet, mais j’étais profondément convaincue que le doux souvenir de mon bébé d’amour m’aiderait à leur annoncer la nouvelle sans heurts.

J’ai alors fait un pas à la fois, une personne à la fois, puis deux, puis trois, annonçant avec désinvolture le fait que j’étais une mamange, que j’avais un fils décédé et qu’il avait partagé nos vies pendant 8 mois et demi, qu’il n’était cependant plus mais que nous avions réussi à se sortir du pire sans pour autant oublier.

Oh, je n’entre pas toujours dans les détails, parce que les questions ne franchissent pas les lèvres, mais leur yeux parlent. Ils sont mal à l’aise. Parfois j’ai droit à un câlin et ça me fait chaud au cœur, et puis la journée continue. Ce n’est pas toujours aussi facile, je sens parfois que la personne aurait préféré ne pas savoir, parce que la mort est un sujet tabou, parce que ça fait peur de savoir que ça existe si près de nous surtout lorsqu’il s’agit d’un bébé.

Je me rend compte que c’est moins difficile que je ne me l’imaginais. Est-ce parce que je ne peux juste pas me résoudre à le mettre de côté? C’est mon bébé, mon p’tit biscuit, mon Lalou étoilé! Vient un temps, j’ai l’impression du moins, où les émotions sont moins à fleur de peau ce qui fait que nous arrivons à aborder le sujet sans trop perdre le contrôle? J’imagine c’est différent pour chaque parent, chaque personne. Ça doit dépendre du comment nous vivons notre deuil… enfin je crois?