Non, je vous le dis, la Mme ne sait pas valser. Elle piétine sur place, écrase des orteils, bouscule, se reprend, mais ne suit pas le rythme. Elle ne sait jamais si elle doit tournoyer rapidement ou plus lentement, si elle doit mener la danse ou se laisser guider, bref les valses du coeur l’épuisent!

Après presque trois ans de célibat bien mérité, la Mme se sentait prête à reprendre la danse. Elle commença tout d’abord avec quelques déhanchements, quelques pas timides, puis se laissa aller sur les notes effrénées des musiques entraînantes. Rapidement elle remarqua son incapacité à suivre les autres. Pas qu’elle tenait à essayer tous les partenaires qu’elle croisait. Non! Mais elle espérait tout de même trouver celui qui la ferait tournoyer de bonheur.

La mission s’avéra beaucoup plus difficile qu’il n’y paraissait. Son coeur enthousiaste ne lui laissait aucune chance! Il l’entraînait avec les mauvais danseurs, repoussait les plus attentionnés, apeurait les plus fragiles. Bref, MmeCornue ignorait maintenant comme s’y prendre pour suivre le rythme. Les temps avaient changés et visiblement la musique aussi. La valse ne se dansait plus de la même façon. Les orteils et les coeurs ayant été trop souvent blessés terrorissaient les danseurs intéressés.

MmeCornue ne pouvait que les comprendre craignant elle-même les blessures. Elle se surprit, malgré les déceptions, à sourire à l’écoute d’une chanson qu’elle aimait particulièrement. Elle remarqua que les solos la rendaient heureuse, même si la valse lui manquait beaucoup. Il fallait bien qu’elle se rende à l’évidence : le temps demeurait le seul maître du rythme, lui seul lui permettrait de croiser son danseur étoile.