Un serrement de coeur se caractérise par l’oppression soudaine de la cage thoracique entraînant momentanément une chaleur intense au niveau du plexus solaire. L’intense émotion ressentie peut provoquer une tristesse soudaine, voir même une urgente envie de pleurer. Dans les deux cas, vous devrez vous efforcer de continuer vos activités comme si de rien n’était au risque de vous attirer de curieux regards ou d’incessantes questions.

Après bientôt sept ans, je ne me suis toujours pas habituée à ces montées soudaines d’émotions. Tout comme je ne maîtrise pas encore l’art de respirer par le nez lorsqu’un des Cornus est malade. Je sais pourtant ce que c’est que d’engorger le système, mais c’est plus fort que moi. Mon médecin de famille est d’ailleurs une soie avec moi chaque fois qu’on se croise, elle tente toujours de me rassurer sur les symptômes bénins et normaux lors d’une infection. Je ne remercierai jamais assez le ciel de l’avoir mis sur ma route elle!

Dans moins d’un mois il aurait eu 8 ans… Wow! Il serait un magnifique garçon de 2e année. Il pourrait me lire ses livres d’histoires et m’écrire des millions de « je t’aime maman! » avec fierté. Il lasserait ses chaussures seul, il compterait jusqu’à 100 sans se tromper, il me dessinerait des fleurs, des robots, des voitures et des coeurs. Et même s’il ne savait pas faire tout ça, je ne m’en formaliserais pas outre mesure parce que il serait là.

Sept ans, c’est long et si court à la fois. J’entends encore l’heure de son décès prononcée d’une voix chevrotante. 12h37! J’entends toujours raisonner ma longue plainte incontrôlable, comme si c’était quelqu’un d’autre qui l’avait poussé. Quand je ferme les yeux, je le revois sur sa trop grande civière, yeux clos, ses petits cheveux roux tout écrasés. Je me souviens avoir voulu les recoiffer. Je me souviens avoir voulu tout arracher : les fils, les tuyaux, les aiguilles, tout! Je ne voulais que le serrer dans mes bras, le bercer, l’embrasser, le caresser le plus longtemps possible.

Je leur en veux de lui avoir fait mal. J’ai un serrement si fort lorsque je croise certains des gens qui étaient présents; eux ne se souviennent pas, moi si. La brûlure est parfois si vive que j’en perds le souffle et malgré tout, certains jours, j’arrive à tout de même sourire. Le reste du temps je ravale, je cherche le soleil et les nuages des yeux, je cours à ma voiture et j’éclate dans le silence des portes closes.

Je me suis longtemps demandé comment j’avais fait pour survivre à son départ. Je crois qu’il me donne la force de continuer d’avancer. Il m’a appris à m’ouvrir aux autres, à remarquer leur fardeau, à leur sourire si joliment que ça leur apporte une petite douceur dans leur journée grise. Grâce à lui je suis devenue une meilleure personne, une meilleure mère, une meilleure amie.

J’espère que de son nuage il est fier de sa maman, fier de sa fratrie et qu’il veille sur nous.