A stethoscope in front of medical

A stethoscope in front of medical

Voilà trois ans et demi que je travaille à l’hôpital. Je ne suis ni médecin, ni infirmière, ni préposé, je fais partie de ceux que nous appelons (affectueusement?) les fonctionnaires. Nous ne sauvons pas de vie à proprement parlé. Nous ne touchons pas aux patients, nous ne les manipulons pas non plus, pour certaines nous ne les voyons même pas. Mais je sais une chose : si nous n’étions pas là, beaucoup de patients n’auraient jamais vu l’ombre d’une blouse blanche!

Il y a trois ans j’entrais par les grandes portes coulissantes d’une institution médicale immense. Je n’avais aucune attente, je ne réalisais que mon rêve de travailler à cet endroit. Encore aujourd’hui il m’arrive parfois d’avoir cette bouffée de fierté qui m’envahit lorsque je foule le plancher de mon hôpital.

Les choses ont bien changées en trois ans. Le système lui ne s’est malheureusement pas amélioré. Cette année je l’ai trouvée particulièrement difficile. Les patients sont nombreux, plus qu’à mon arrivée du moins. Le nombre de patients à accueillir par quart de travail a plus que doublé. Les téléphones ne dérougissent désormais plus de la journée. Et les patients sont de moins en moins patients justement!

Il y a trois ans, jamais je n’aurais cru pleurer avec une patiente au téléphone. Il y a trois ans, j’étais naïve, enthousiaste, confiante en l’avenir. Il y a trois ans je ne me faisais pas traiter comme une moins que rien parce que j’avais les mains liées par un système de santé défaillant.

Le gouvernement coupe et coupe et coupe et coupe sans se rendre compte que le personnel est à bout de souffle, les patients sont à bout de souffle, le système lui-même est à bout de souffle. Qui paie la note pour toutes ces coupures? Le patient! C’est lui qui souffre, c’est lui qui doit attendre des mois sur une liste d’attente qui ne se vide qu’au compte-goutte, c’est lui qui doit faire des pieds et des mains pour réussir à voir un médecin alors qu’il pourrait garder ses énergies pour se guérir. C’est ce même patient qui m’appelle en pleurs parce qu’il n’en peut plus de la douleur, parce qu’il a peur…

Il y a trois ans, donner un rendez-vous avec un retard de deux ou trois semaines ça m’angoissait parce que le délai demandé n’était pas respecté. Aujourd’hui, je soupire de soulagement lorsque j’arrive à leur donner un rendez-vous sans embûches.

Par ce billet, je ne cherche pas d’empathie face à mon travail. Je ne fais pas pitié, j’adore mon métier même si je le trouve ingrat par moment. Je m’efforce chaque jour de faire le petit pas de plus qui redonnera le sourire à mes patients, qui les aidera dans leur parcours hospitalier. Non je ne les soigne pas, mais je travaille fort pour leur garantir un suivi médical adéquat, tout comme mes collègues.

Par ce billet, j’ignore ce que je cherche en fait. J’espérais juste partager un peu de mon quotidien avec vous. Si ça pouvait toucher des gens au pouvoir ne serait-ce qu’un peu, peut-être y aurait-il des changements? Parce qu’on ne sait jamais quand nous en aurons besoin de cette grosse machine médicale, vaudrait peut-être mieux qu’elle soit remise sur pied, non?