Mijoté longtemps

J’ai longtemps été une fille de "coups de tête", je me laissais porter par mes pulsions du moment et je l’avoue je le regrettais parfois. Je remarque cependant depuis quelques années que je réfléchis à ce que je désire vraiment, je calcule, je pèse les pour, j’évalue les contre, je remets à plus tard certains achats question d’être certaine que c’est ce que je veux. Bref, je fais une "adule" de mon moi-même.

Je ne suis pas parfaite, j’ai encore des petits coups de tête occasionnels comme l’achat d’une caméra numérique DSLR sachant que je n’aurai pas beaucoup de temps pour m’en servir. J’en suis toujours satisfaite, je ne regrette pas cet achat, mais il aurait assurément pu attendre quelques mois de plus!

Au travers de tout ça, il y a des projets, des idées, des coups de coeur qui méritent qu’on s’y attarde. 3 ans que ça aura prit avant que je le réalise enfin. Plus de 1095 jours de réflexion, 17 520 heures de course pour mon petit hamster, pour soudainement avoir un éclair de génie et dessiner en deux temps trois mouvements l’image que je voulais immortaliser.

Heureuse n’est pas le mot, je suis euphorique. Je souris, je pleure, je contemple – oh ça oui! – je ne regrette surtout pas, je me sens plus complète, je suis fière! Ce projet je l’ai mijoté longtemps. Je ne me donnais pas droit à l’erreur cette fois. Je voulais quelque chose de simple qui les représenterait tous. J’ai réussi!

Je veux!

Le temps passe, la vie reprend son court comme toujours nous laissant derrière avec nos peines, nos interrogations, nos petits et gros morceaux à ramasser à la cuillère, bref, il nous pousse à avancer malgré nous.

Déjà presque trois mois de fait dans ma nouvelle vie. Trois mois de montagnes russes, les salopes, je n’aimerai plus jamais ce manège… jamais! Je survis encore une fois.

Je me remets en question, pour moi, face à lui, pour mes 4 amours, pour avancer, pour g-r-a-n-d-i-r. Non, mais quelle crap! C’est difficile de tout gérer en même temps : la séparation, les enfants, le nouveau boulot, les émotions, les idées noires, la vie tout court. Mais on y arrive, petit à petit. Un pas à la fois, comme un bébé qui apprend à marcher et qui découvre la vie pour la première fois.

Je replace tranquillement les pièces du casse-tête et découvre avec surprise que l’image est différente de celle qui a éclaté. J’épure, je trie, je réévalue certains morceaux et je les replace lorsqu’ils me conviennent. À l’opposé, je fais disparaître les irritant, ceux que j’avais inséré de force, ceux qui demeuraient parce que je croyais qu’ils étaient nécessaire à créer un beau puzzle.

Je veux partir loin, voyager avec mes enfants. Je veux être aimé,je veux qu’on prenne soin de moi pour de vrai pas juste par obligation. Je veux être un premier choix pas juste un 2e ou un 3e. Je ne veux plus être l’amie de service. Je ne veux plus être la source d’énergie des autres, mon énergie je la veux toute pour moi. Je veux remplir mon vide intérieur. Je veux voir le bonheur dans les yeux de mes enfants. Je veux être heureuse, vraiment. Je veux vivre et être touchée encore et encore par des gens qui mordent dans la vie. Je veux aimer les bonnes personnes, celles qui me le rendront sans que je n’aie à le demander.

J’en ai soupé!

Être fatiguée de sa vie ça se peut selon vous? Pas fatiguée dans le sens de vouloir en finir, mais juste avoir besoin d’une pause de notre propre vie??

J’en ai soupé de tout ces deuils que la vie m’impose. Je ne m’apitoie que très rarement sur mon sort ou devrais-je dire : "je ne m’apitoie que très peu longtemps…", mais ces temps-ci j’aurais besoin de quelqu’un qui vit à ma place. Ce quelqu’un pourrait porter sur ses épaules les fardeaux qui me font courber l’échine, il pourrait n’être que le bâton qui m’aide à gravir la montagne de marde qui me sert de chemin. Ce quelqu’un, ne serait-ce que par sa présence toute simple, arriverait à coup sur à me faire lever les yeux vers l’horizon pour voir l’avenir meilleur qui m’attend, mais il n’y a personne…

Malgré tout le soutien moral reçu de mon entourage, mes épaules s’alourdissent, mon regard fixe le sol pour éviter les obstacles qui menacent de me faire tomber pour de bon. J’arrive à alléger mon fardeau un jour à la fois en vidant mes sacs petit à petit, mais le mois suivant s’ajoute sur mon dos une charge plus lourde que la précédente.

Les deuils cognent à ma porte l’un après l’autre. La mort de mon bébé d’amour n’était donc pas suffisante à me faire gagner mon ciel?? Il vous fallait en plus ajouter le deuil de l’amour perdu, puis celui de la famille unie, puis celui d’une vie ou chaque jour je peux regarder mes enfants rire, les caresser quand bon me semble, leur souffler un "je t’aime" juste parce que j’en ai envie là, là…

Qu’ai-je tant à apprendre de si important qu’il faille me forcer à fléchir les genoux jusqu’à ce que je m’effondre? Qu’est-ce que mes yeux ne voient pas debout qu’ils observeraient plus bas?

Je le sais que je ne peux être complète sans la présence de ces 5 personnes dans ma vie. L’équilibre est revenu après la première grosse secousse, cette fois le bateau tangue tellement que le naufrage est imminent. Je suis incapable de ramener la barre, j’ai perdu le contrôle, le navire va couler…

Je sens le soleil tout près, ses rayons traversent les épais nuages. Dame Nature où es-tu? Ramène le beau temps avec toi s’il-te-plaît!?

 

Digne d’un téléroman!

Pour une fille qui a toujours rêvé de travailler en télévision, je dois dire que je suis servie dans ma vie actuellement. Je n’imaginais cependant pas que je tiendrais le rôle principal dans un téléroman qui s’avère assez dramatique merci par les temps qui courent!

Quelqu’un qui ne me connait pas pourrait probablement croire que j’en invente des bouts, que je mêle fiction et réalité pour ainsi me permettre de rédiger des billets juteux…  Il n’en est pourtant rien. Dieu que j’aimerais pouvoir affirmer que ce n’est pas de moi dont il s’agit, semblerait que la vie en ait décidé autrement.

Depuis trois ans, l’impression de me balader d’un cauchemar à l’autre est omniprésente. Que de questions se bousculent dans ma tête à savoir ce que j’ai bien pu faire dans mes vies antérieures pour mériter ça! Non, mais c’est vrai, j’ai du être une solide bitch pour devoir affronter la mort de mon fils, qui plus est dans mes bras! J’ai du en faire baver aux autres pour que les épreuves se succèdent à une vitesse folle dans ma ligne de vie. Ce qui était pourtant un chemin de campagne paisible est rapidement devenu une route sinueuse bordée de forêt dense sans issue.

Après toutes ces épreuves, nous nous étonnerons du chemin parcouru jusqu’à maintenant, mais nous constaterons également que le couple lui n’a pas tenu. La route fut trop difficile, arrivé à la croisée des chemins nous avons chacun choisi une direction différente. Oh! Bien sur que le soleil brillera à nouveau, malgré que pour l’instant les arbres sont si hauts que la lumière ne traverse que très peu le feuillage. J’espère naïvement qu’au bout de ma route j’aboutirai à une clairière fleuris, j’aime les fleurs colorées.

Quelqu’un qui ne me connait pas pourrait aisément faire ma biographie et la mettre en image, ça ferait certainement un téléroman remplit de rebondissement. Non, mais c’est vrai, imaginez-vous une dodue à qui il arrive toutes sortes de malheur, plus dramatique les uns que les autres, qui travaille – EN PLUS –  dans un bureau et donc qui est témoin d’une panoplie de situation étrange tant de la part de ses collègues que de la part des clients. On pourrait appeler ça : "Entre chien et Cornue" ou bien "Cornue in the city" ou encore "Dr.CORNUE"…

Cette année mon mot phare était B-O-N-H-E-U-R. j’avais déjà l’impression de mettre la barre haute, maintenant je me dis que c’est impossible d’y arriver et pourtant je me surprends à sourire à la vie, aux regards de mes Cornus d’amour. Je me laisse bercer par la douce mélodie de leur "je t’aime" parce qu’il n’y a qu’eux de vrais!

J’ignore si j’aurai à nouveau confiance en quelqu’un, j’ai été bafoué tellement souvent qu’un moment donné une fille se tanne! J’aspire cependant à une sérénité intérieure, j’aspire au détachement nécessaire pour avancer. Je crois par contre que la route est loin d’être terminée. Je sais que j’aurai d’autres obstacles à franchir avant d’arriver au sommet, là où le soleil brille à l’année longue et où il fait bon vivre.

 

4 ans

 

C’est l’âge que tu aurais si ta ligne de vie avait poursuivi son chemin. 4 ans que tu partages nos vies malgré ton absence physique, car pas une seule journée ne passe sans que je pense à toi. Je me demande encore et toujours qui serais-tu devenu? Quelles seraient tes passions? Tes cheveux auraient-ils la même douceur?

 

C’est ton anniversaire aujourd’hui, nous le soulignerons comme chaque année, malgré le raz-de-marée qui a renversé notre bateau, tu resteras à jamais mon bébé, notre bébé, notre ange qui nous unit à la vie, à la mort.

Je t’aime mon Benjamin d’amour xxx

 

 

L’histoire de ma vie

Avoir envie de tout et de rien à la fois. Une tête débordante d’idées, mais pas une seule minutes pour la vider un peu. Besoin de s’exiler tout en conservant les deux pieds bien  enracinés dans notre douce terre natale. Être productive en soirée, mais devoir se coucher tôt parce que le corps lui préfère les lueurs du jour. Douce routine réconfortante, mais détester faire chaque jour la même chose. Adorer le bilinguisme, mais détester travailler dans une autre langue que la mienne.

Les paradoxes… l’histoire de ma vie!

L’annonce

Je me souviens qu’une des premières choses qui m’angoissait après le décès de mon Lalou venait surtout du regard que les autres posaient sur nous. Je croyais à tort que je ressentais une certaine gêne lorsque je leur annonçais la nouvelle, mais rapidement je me rendis compte que ces personnes vivaient un malaise beaucoup plus intense que le nôtre.

Plus je m’éloignais de notre noyau central et plus la lueur de pitié et de compassion brillait ardemment dans les pupilles attristées. J’appréhendais cette lueur, j’évitais ce moment le plus que je pouvais parce que je n’avais pas envie de cette pitié. Je n’avais pas envie de partager mon deuil avec n’importe qui. J’étais terrorisée à l’idée de devoir leur dire, de devoir répondre aux questions qui suivraient assurément, de devoir les réconforter sur le fait que nous survivions malgré tout. Puis cette angoisse disparue comme elle était venue, surtout parce que je ne croisais plus grand monde de nouveau ayant un cercle de connaissances assez restreint la nouvelle voyagea assez rapidement.

Lorsque je suis retournée au travail, je redoutais un brin les discussions entre collègues parce que je ne me voyais pas leur cacher ce moment de ma vie. Je ne concevais pas comment j’aborderais le sujet, mais j’étais profondément convaincue que le doux souvenir de mon bébé d’amour m’aiderait à leur annoncer la nouvelle sans heurts.

J’ai alors fait un pas à la fois, une personne à la fois, puis deux, puis trois, annonçant avec désinvolture le fait que j’étais une mamange, que j’avais un fils décédé et qu’il avait partagé nos vies pendant 8 mois et demi, qu’il n’était cependant plus mais que nous avions réussi à se sortir du pire sans pour autant oublier.

Oh, je n’entre pas toujours dans les détails, parce que les questions ne franchissent pas les lèvres, mais leur yeux parlent. Ils sont mal à l’aise. Parfois j’ai droit à un câlin et ça me fait chaud au cœur, et puis la journée continue. Ce n’est pas toujours aussi facile, je sens parfois que la personne aurait préféré ne pas savoir, parce que la mort est un sujet tabou, parce que ça fait peur de savoir que ça existe si près de nous surtout lorsqu’il s’agit d’un bébé.

Je me rend compte que c’est moins difficile que je ne me l’imaginais. Est-ce parce que je ne peux juste pas me résoudre à le mettre de côté? C’est mon bébé, mon p’tit biscuit, mon Lalou étoilé! Vient un temps, j’ai l’impression du moins, où les émotions sont moins à fleur de peau ce qui fait que nous arrivons à aborder le sujet sans trop perdre le contrôle? J’imagine c’est différent pour chaque parent, chaque personne. Ça doit dépendre du comment nous vivons notre deuil… enfin je crois?

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